musée de l'objet - collection d'art contemporain
Présentation du Musée
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Présentation (archive)
Le prêt de la collection Eric Fabre a pris fin en mai 2011
Le Musée de l’Objet – collection d’art contemporain a ouvert ses portes à Blois en 1996. La collection qu’il présente aux publics est unique, rassemblant des œuvres dont la particularité est d’être réalisées à partir d’objets. Elle regroupe plus de 120 œuvres produites par 70 artistes français et étrangers qui, dans le courant du XXème siècle, ont fait de l’utilisation, de la manipulation de l’objet un véritable genre artistique.

Le choix de rassembler les nombreuses tendances artistiques qui ont abordé la problématique de l’objet, son détournement, sa métamorphose, son interprétation, est celui d’Eric Fabre, collectionneur qui a souhaité prêter ses œuvres à la Ville de Blois. Sa collection constitue un parcours de réflexions sur les définitions de l’art et de la vie, de regards critiques sur la société, teintés d’humour ou d’angoisse. Elle est aussi dotée de multiples entrées, où les arts plastiques sont perçus comme une matière ouverte sur le langage, la poésie, les jeux de mots, l’imagination.

Aujourd’hui, l’expérience personnelle d’Eric Fabre est confiée au Musée de l’Objet – collection d’art contemporain, comme un programme d’exploration dont chaque œuvre est un jalon. Les œuvres présentées, produites à partir d’objets du quotidien, interrogent notre perception du réel et conduisent le visiteur dans une aventure artistique. Les objets choisis, pris tels quels, assemblés, détournés, compressés, ont une vie autonome et des caractéristiques multiples ; ils peuvent être bavards ou silencieux, timides ou extravagants, anxieux et morbides, agressifs ou poétiques, narratifs ou radicaux. Tous racontent une histoire, par bribes ou interrogations, prise dans le mouvement de l’histoire de l’art du siècle passé marquée par les avant-gardes, la redéfinition de la création artistique, son rapport à la vie et la société moderne et contemporaine.


Les axes historiques

Trois axes fondent l’orientation de la collection, incarnés par trois artistes majeurs qui ont provoqué un bouleversement du regard sur l’art. Le premier est Marcel Duchamp (1) qui, en fixant une roue de bicyclette sur un tabouret en 1913, change radicalement la définition de l’œuvre d’art. Son invention du Ready-Made (le choix d’un objet manufacturé “tout fait” comme équivalent de l’œuvre d’art) pose comme principe que l’idée a autant de valeur que l’œuvre qu’elle peut générer.

Le second, André Breton (2), grâce à la capacité d’un objet trouvé au hasard à provoquer l’imaginaire, fait de l’objet la matière de toutes les interprétations poétiques, littéraires ou plastiques.

Enfin, Salvador Dali (3) crée en 1931 les objets à fonctionnement symbolique en assemblant des objets entre eux. Ce faisant, il invente un type nouveau d’objet, irrationnel et doté d’un mécanisme de révélation de l’inconscient venant « concurrencer l’objet utile et pratique ».

A partir de ces fondations historiques et théoriques, la collection se déploie des années 1950 au milieu des années 1990, avec des œuvres marquantes issues de nombreux mouvements ou tendances : Surréalisme, Lettrisme, Nouveau Réalisme, Objecteurs, Fluxus, art corporel et art sociologique, Art conceptuel, Nouvelle sculpture anglaise. On y trouve également les œuvres d’artistes qui échappent à tout classement.

(1) Marcel Duchamp est né en 1887. Il est avec Picasso, l’un des artistes les plus influents dans l’art du XXème siècle. Il vit de nombreuses années aux Etats-Unis et meurt à Paris en 1968.
(2) André Breton est né en 1896 dans l’Orne et meurt à Paris en 1966. Grand poète et écrivain français, chef de file des Surréalistes, il rassemble autour de lui les plus importants peintres, sculpteurs, écrivains et poètes de la première moitié du XXème siècle.
(3) Salvador Dali est né en Espagne en 1904. A la fois peintre, sculpteur, co-auteur de films, il rejoint les Surréalistes en 1929. D’origine catalane, il vit à Paris, New York, avant de s’installer à Figueras où il meurt en 1989.
Blois et l'objet : une histoire de coïncidences (archive)
Une guillotine révolutionnaire trône à l’entrée du Musée de l’Objet. Ce symbole fort, désigné par Blaise Cendrars comme la “première sculpture moderne, (…) son déclic crée le mouvement perpétuel” (4), marque le passage de l’objet sacré à l’objet laïque. Un basculement radical et terrible qui prend encore plus de sens à Blois, où cette révolution s’incarne paradoxalement dans un homme d’église, l’Abbé Grégoire, qui fut un actif défenseur des Droits de l’Homme, le Président de l’Assemblée Nationale en 1791, et l’Evêque de Blois pendant la Terreur. Fondateur du Conservatoire des Arts et Métiers, l’Abbé Grégoire a posé comme piliers de la démocratie l’objet et la langue : il ne pouvait y avoir de révolution sans que le peuple s’approprie les objets de connaissance, sans une langue commune pour les nommer.

Un demi-siècle plus tard naissait à Paris, rue de Valois, le premier théâtre de magie. Son créateur, Jean-Eugène Robert-Houdin, horloger blésois, initiait à son tour une véritable révolution : l’objet pouvait devenir, grâce à la science et aux techniques triomphantes du XIXème siècle, le support de divertissements populaires. L’optique, l’électricité, rendaient possible un émerveillement dont tous savaient qu’il était sorti du pouvoir magique et inquiétant pour entrer dans la dextérité et la perfection du trucage de la prestidigitation. Le dernier directeur du “Théâtre des Soirées Fantastiques” fut Méliès, inaugurant un autre grand divertissement, le pré-cinéma.

En mai 1924, une troisième coïncidence fait de Blois le théâtre d’une histoire moderne de l’objet ; André Breton, avec Aragon, Vitrac et Morise désigne au hasard Blois pour commencer une marche qu’il souhaitait initiatique. Ils parcourent ensemble à pied pendant plusieurs jours les paysages blésois. A son retour, André Breton rédige Poisson Soluble dont la préface deviendra quelques mois plus tard le premier Manifeste du Surréalisme (5).

(4) Extrait de Aujourd’hui 1917-1929, suivi de Essais et Réflexions 1910-1916, Ed. Denoël, 1987.
(5) Poisson Soluble (1924), Ed. Gallimard, 1996, Manifeste du Surréalisme (1924), Ed. Gallimard, 1985.